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| Xavier Dolan en bleu québécois |
En lisant les commentaires des québécois suite à l'article du Huffington Post Québec à propos de la présentation presse du film de Xavier Dolan le 21 mai 2014, j'ai eu honte. Honte de tenir des propos dithyrambiques sur la Belle Province, de la gentillesse des habitants tout en sachant, pour en avoir fait l'expérience, qu'au fond ........ tout n'est pas si rose dans cette magnifique nature.
Sur ma page Facebook j'avais quand même affiché :
« Il y a du talent au
Québec : 25 ans le bonhomme et déjà 5 films à son actif reconnus par ses pairs.
Ici l'apothéose. On n'arrive pas à ce niveau sans talent et sans un caractère
bien trempé. Alors bien sûr les chiâleux y vont de leur venin en oubliant
que devant la caméra il y a aussi de talentueux acteurs dirigés de main de
maître par un surdoué qui pourrait les porter aux prix d'interprétation. Quand
le Québec sera-t-il fier des ses artistes ? »
En effet, le lendemain on annonçait :
« Le film Mommy de
Xavier Dolan a eu droit à 12 minutes d'ovation après sa projection officielle
devant public, jeudi, à Cannes.»
Un certain silence ou propos du bout des lèvres jusqu'aux commentaires « crash » me laissaient cette impression bizarre que j'avais eu en regardant le film de Robert Ménard : le bonheur de Pierre et qui est alors remontée à la surface. Heureusement mon bonheur à moi a été de lire cet article d'un québécois dans le journal la Presse du 24 mai 2014. Merci à une amie Facebook de l'avoir porté à ma connaissance car Patrick Lagacé exprime une dure réalité qu'une française ne pouvait pas se permettre de dire.
Québécoise j'aurais probablement pu écrire ce qui suit :
« J’aime Dolan, le
personnage Dolan: ses excès, ses coups de gueule, sa façon de kicker des culs
par de sauvages salves épistolaires.
Gagnera, gagnera pas ?
Ce printemps sent la Coupe, ce printemps sent la Palme d’or, qui sera
(peut-être) celle de Xavier Dolan. Je ne connais à peu près rien au hockey
(Dustin qui ?), et au cinéma encore moins (note pour Cassivi : Mommy, c’est
meilleur que La graine et le mulet?). Mais j’ai quand même envie de dire un
truc sur Xavier Dolan.
Je l’aime, Xavier Dolan. Ses films, je ne sais pas trop.
J’ai vu J’ai tué ma mère, j’ai pris mon pied; Laurence Anyways, j’ai décroché
après une demi-heure. Mais suffisamment de connaisseurs en cinéma – des gens
d’ici, des States, de France, de Grande-Bretagne – disent que le kid est un
génie pour que je m’incline: OK, c’est un génie.
J’aime Dolan, le
personnage Dolan: ses excès, ses coups de gueule, sa façon de kicker des culs
par de sauvages salves épistolaires. Je ne sais pas pourquoi, je l’imagine en
train d’écrire à ses détracteurs dans son bain, satisfait de son effet dans
l’eau tiède...
Prenez le cinéaste
québécois moyen. Attaqué, critiqué, il fera quoi, le cinéaste québécois moyen?
Il se taira. Fera semblant de ne pas avoir lu, de ne pas avoir entendu. Au
mieux, une attachée de presse pondra une réplique mièvre qu’elle signera pour
lui...
Pas lui. Lui, il saute
sur son Mac et il canarde à qui mieux mieux. Sur Twitter, sur son blogue: il
répond, il rouspète. Sans filtre. Bruit de mitraillette : tac-tac-tac-tac. Si Dolan
a une attachée de presse, elle se fait des smoothies aux anxiolytiques.
Dolan répond aux
chroniqueurs qui lui font des reproches, il saute dans les débats de société
comme Prust dans la mêlée. Qu’il ait raison ou pas, ce n’est pas ce dont je
parle. Je parle juste de parler : c’est assez rare, dans le showbiz. D’aller au
bâton, des fois. Y a Lepage, Legault, Morissette, Lanctôt... Qui d’autre?
Quelques-uns. Mais ils forment une toute petite équipe. Alors, chaque fois que
quelqu’un parle, j’applaudis parce que crisse que c’est lisse, au royaume de
l’UDA.
Ce gars-là, Dolan, ce
n’est pas un Québécois, au fond.
Un Québécois, c’est quoi?
Un Québécois, ça se
fait marcher sur le gros orteil et ça dit: «Je m’excuse!» Réflexe national.
Ce
n’est pas forcément une mauvaise chose: il y a des guerres grandes et petites
qui ont commencé parce que quelqu’un s’était fait marcher sur le gros orteil...
Mais lui, il se fait
marcher sur l’orteil métaphorique et il dit : « HEY, TU M’AS MARCHÉ SUR
L’ORTEIL!»
Et ça sort cru, ça sort
dru, ça sort fort, des fois ça sort trop fort. Oh, il apprendra à doser, à
relativiser, à se mettre la tête dans un seau d’eau frette avant d’écrire. Il
ne le sait pas, mais sa prose fera encore plus mal quand il dosera...
Un Québécois, ça a le
succès modeste. Réflexe national, encore.
Pas lui, pas Dolan; lui, il donne son
meilleur profil au succès. Devant les éloges, devant les décorations, sur le
tapis rouge, tu le lis dans ses yeux de gamin quand il se dit: «FUCK YEAH!»
Bien sûr, tout ça,
toute cette superbe lui vaut des bataillons de détracteurs.
Beau, bon, baveux,
même pas 30 ans: assez pour jouer sur les pitons de l’insécurité de bien du
monde.
Déjà, ici et là, le terroir se prépare, au cas où Dolan gagnerait cette
Palme d’or.
Ça bavasse un peu: grosse tête, arrogant, insupportable, ego
démesuré... Vrai? Je ne sais pas, je ne le connais pas.
Je sais juste que neuf
fois sur dix, la rumeur publique sur les vedettes est dans le champ. Cette
comédienne dont vous aimez tant la simplicité télévisuelle? Elle a envoyé sa maquilleuse
en burn-out et tout le monde l’haït en coulisses. Je la soupçonne, la rumeur,
d’être tout aussi dans le champ sur Dolan, l’homme...
Dolan à Cannes comme
Dolan pas-à-Cannes, il subit la proverbiale haine du poète.
Cette haine se
manifeste ces jours-ci dans la dénonciation bruyante de tout ce qui est un
sesterce versé à la culture.
Une haine qui n’atteint jamais avec autant de
virulence d’autres subventionnés, fleurons de Québec inc. Subvention pour
subvention, on haït le poète et on astique les bottes du businessman.
Mais ce poète-là,
Dolan, il n’endure pas la calomnie tête baissée, il n’est pas né pour un petit
pop-corn. Il lève le menton, bombe le torse, sort un oeil vaguement
méditerranéen quand on le cherche...
Pis il dit : « Mange de
la marde!»


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