jeudi 18 octobre 2012

NOUVELLE ÈRE


7 Octobre 2012


En cette fin de semaine d’Action de Grâces, l’Église catholique romaine pose un geste hautement significatif sur notre monde en devenir.
En cette fin d’année 2012, alors que certains continuent de s’accrocher au chaos, d’autres ouvrent leurs yeux et leurs oreilles.
Voyez : Rome proclame le 7 octobre 2012 deux nouveaux Docteurs de l’Église : 

Hildegarde de Bingen et saint Jean D’Avila. 




Une femme et un homme qui ne sont pas vraiment des saints ! mais plutôt des électrons libres dans leur monde : Hildegarde n’a jamais été canonisée bien qu’elle soit inscrite au Martyrologue de Rome et Jean D’Avila  a goûté aux geôles de l’inquisition.
L’une du 12ème siècle qui, à quelques années près, aurait pu être brûlée comme sorcière. 
Le second du 16ème siècle est gratifié du titre de «Maître Spirituel» qui prône de bien se connaître pour connaître Dieu.

Ces deux personnes ont en commun cette foi ardente qui leur permet d’éduquer, d’enseigner, de témoigner, de protéger l’idée de Dieu. Cette foi qui leur permet de dire et de dénoncer tout comportement qui s’éloigne de la Virtutis.

Mais au-delà de ces deux personnages, il y a le geste posé par cette proclamation. J’y vois une grande espérance et une preuve que nous avons poussé la porte d’un nouveau monde. 
Si nous regardons en arrière, nous nous apercevons que chaque début de siècle ou de millénaire est marqué par des évènements ou des découvertes qui vont donner l’impulsion de ce que sera l’avenir. Ici, une femme qui reçut les Visions Divines «dans son âme» et dont les transcriptions seront conservées pour nous émerveiller aujourd’hui. Femme du 12ème siècle, reconnue au 21ème siècle par une institution d’hommes ! Et un homme du 16ème siècle qui revient sans cesse à l’enseignement de Jésus, à la prière silencieuse pour nous rappeler qui nous sommes et nous rapprocher de Dieu. Ces deux nominations me font croire qu’après un premier millénaire du Credo, un second millénaire du Crédit, nous voici dans un millénaire de réconciliation et de réunification de l’Homme en tant qu’Être. Nous voici sur le chemin qui nous mène vers la Vérité. Celle qui rend libre et donne pleinement son sens à nos vies. 

Depuis que j'ai découvert Hildegarde de Bigen, ma vie est tournée vers cette femme exceptionnelle.
Exceptionnelle non seulement par la pertinence de ses écrits, mais surtout par cette foi qui l’animait ;
Foi d’une mystique et foi d’une Femme qui ravit jusqu’à Bernard de Clairvaux qui, en 1147 lors du synode de Trèves, proclame : 
il faut « se garder d’éteindre une aussi admirable lumière animée de l’inspiration divine ».
Hildegarde est un exemple pour les femmes, par sa liberté de parole, sa conception du rôle de la femme dans l’Église mais aussi dans nos sociétés «d’hommes».
Elle ne cesse de remettre chacun, petits ou grands, roi, pape, évèques, …. devant ses responsabilités et ne mâche pas ses mots.
Ses actes sont en correspondance avec ce qu’elle préconise allant jusqu’à risquer l’excommunication.
Rester fidèle à la Parole de Dieu, fidèle à la Parole du Créateur, qui l’enseigne dans chacune de ses visions quoi qu’il arrive dans ce monde est ce qui l’anime et fait qu’elle est devenue mon modèle.
Aussi, grande fut ma joie d’apprendre, au mois de mai 2012, que le chef de l’Église catholique romaine, Benoit XVI, décidait de proclamer Hildegarde Docteure de l’Église le dimanche 7 octobre, jour d’Action de Grâces

Que veut dire Docteur de l’Église ? 


Voici la définition donnée par le Canon Romain :

«L'Église attribue officiellement ce titre à des théologiens auxquels elle reconnaît une autorité particulière de témoins de la doctrine, en raison de la sûreté de leur pensée, de la sainteté de leur vie, de l'importance de leur œuvre»

Ce titre n’est donné que très exceptionnellement puisque, en un peu plus de 2000 ans, il n’y a, en ce 10 octobre 2012, que 35 Docteurs de l’Église dont 4 femmes. Quatre femmes et non des moindres ! Thérèse D’Avila, Catherine de Sienne, Thérèse de Lisieux et enfin Hildegarde de Bingen.

Qui était Hildegarde ?


Née en 1098 à Bermersheim en Allemagne, Hildegarde est la dixième enfant de Hildeberg von Bermersheim et de Mechtild. 
Elle entre au couvent des Bénédictines de Disibodenberg à l’âge de huit ans, parce que son père a promis de donner son dixième enfant à l’Église. Elle y rentre donc pour son instruction puis pour y prendre le voile dès l'âge de quatorze ans, le 1er novembre 1112. Elle se retrouve sous la tutelle de la Mère supérieure : Yutta von Sponheim. Au décès de celle-ci en 1136, Hildegarde devient Abbesse du couvent de Disibodenberg. Elle a alors 38 ans.
Les dissensions au Disibodenberg avec le Père Abbé sont un souci permanent pour Hildegarde. En effet, le nombre de sœurs attirées par Hildegarde ne cesse d’augmenter et le couvent devient une source importante de revenus. Les dots des religieuses d’origines nobles sont utilisées pour embellir le monastère des hommes, ce qui suscite de nombreuses rancœurs chez les religieuses. Vers 1147, Hildegarde, malgré les menaces, décide de fonder son propre couvent indépendant du monastère des hommes. C’est à Rupertsberg près de Bingen qu’elle s’installe avec d’autre religieuses. Après plus de 10 années d’âpres discussions avec l’Abbé du Disibodenberg, elle finit par récupérer l’argent des dots des sœurs qui revenait au nouveau couvent. Ainsi le Rupertsberg devient juridiquement indépendant du Disibodenberg en 1158.  De ce moment, les religieuses peuvent choisir les prêtres chargés de la messe ou de la confession. Le couvent devient prospère et vers 1165, Hildegarde peut fonder un second couvent sur l’autre rive du Rhin à Eibingen.
A 43 ans, elle reçoit de Dieu, l'ordre de mettre par écrit ses visions. Elle ne le fit qu'avec beaucoup de réticence et c’est parce qu’elle tombe gravement malade qu’elle finit par accepter d’obéir à l’injonction divine. Ses premières visions sont consignées dans le Scivias qu'elle achève en 1151. Elle l’écrit avec l’aide de Volmar, son secrétaire, et Richardis, une religieuse proche d’elle. Hildegarde souligne qu’elle n’est pas dans l’extase mais qu’elle perçoit ses visions dans son âme lors d’un état éveillé. Elle fait illustrer ses textes de magnifiques enluminures. Cet ouvrage fut admiré par saint Bernard de Clairvaux et par le pape Eugène III. Scivias provient de l’expression latine « Scito VIAS Domini » signifiant : connaître les voies du Seigneur.  Le livre est assez volumineux, plus de 150 000 mots, illustré de 35 dessins ou miniatures. Le Scivias est le premier de trois ouvrages décrivant ses visions, les autres sont Liber vitae meritorum écrit entre 1158 et 1163 et le De operatione Dei écrit entre 1163 et 1174, également connu sous le nom de Liber divinorum operum.
Elle écrivit de nombreuses lettres, précieuses pour comprendre et connaitre sa vie et son œuvre. Nous avons aussi un traité sur la Règle de Saint Benoît, sur le symbole de Saint Athanase, la Vita sancti Ruperti et la Vita sancti Disibodi. Et Les Expositiones Quorundam evangeliorum qui sont des commentaires sur les Évangiles.
En médecine, Hildegarde préconise la prise en charge globale des maux et nous donne les indications des plantes que la Création a mises à notre disposition. La guérison du corps ne peut se dissocier des soins à porter à l’âme et à l’esprit. C’est pourquoi elle initiait ses sœurs à la gravure, à l'écriture, à la reliure, aux chants et à la science, domaines généralement réservés aux hommes. Les visions qu’elle reçoit en médecine lui indiquent ce qu’est la circulation sanguine ou les caractéristiques du système nerveux. Elle nous a laissé de véritables traités concernant les principes actifs des plantes, des pierres. Régine Pernoud, la nomme  « conscience inspirée du XIIe siècle, » et constate que plus de trois siècles avant la naissance de Léonard de Vinci « cette vision de l’homme, bras étendus sur le globe de la terre, était présente dans l’œuvre de la petite religieuse des bords du Rhin. [...] Reste que cette image qui met l’homme au centre de l’univers était familière dès le XIIe siècle, et résume ce qu’Hildegarde nous révèle touchant le cosmos. »*                                               
Mais autant on a glorifié et encensé Vinci, autant on a oublié et enterré l’œuvre d’Hildegarde. Préservés dans une bibliothèque, c’est aujourd’hui que ces ouvrages de grande valeur nous sont restitués : ses visions, l’expression musicale et poétique de ses soixante-dix sept chants et hymnes, la richesse de sa correspondance, l’élaboration d’une langue et d’un alphabet nouveaux, deux ouvrages médicaux, les seuls au XIIe siècle, constituant une véritable encyclopédie des connaissances du temps en matière de sciences naturelles et de médecine, viennent nous rejoindre 11 siècles plus tard.
Elle fut la seule femme du Moyen Âge à transmettre par écrit les pratiques de guérison en rappelant que pour soigner, il fallait s'occuper de la personne en totalité. L'alimentation et la phytothérapie prennent une place essentielle dans la pharmacopée d’Hildegarde en passant par le jeûne qui a de profondes vertus curatives.
Le Liber simplicis medicinae ou Liber subtilitatum diversarum naturarum creaturarum, sera ensuite connu sous le titre de Physica, dans lequel 513 animaux, plantes, éléments, métaux et pierres sont décrits avec la mention de leurs propriétés médicinales.
Le Liber compositae medicinae ou Causae et curae, traite de la santé et des maladies. Hildegarde  insiste sur l’hygiène, une bonne alimentation, suffisamment de repos et d’exercice. Elle est une des premières à conseiller de bouillir l'eau avant de la boire. Dans les environs du couvent, Hildegarde est connue et appréciée en tant que guérisseuse.
Régine Pernoud revient à plusieurs reprises sur le sens musical étonnant d’Hildegarde : « Dans la ligne du plain-chant ; musique méditative qui garde un tranquille contrôle au sein même de l’extase et amène celui qui la chante à un développement de vie intérieure beaucoup plus qu’à des effets musicaux nouveaux, surprenants ou occasionnels. »*
 Nous lui devons plus de 77 cantiques et pièces. Entre 1151 et 1158, elle écrivit et compila ses compositions musicales destinées à être chantées par les sœurs du couvent lors de cérémonies ou autres occasions.
Les symphoniae harmoniae celestium revelationum, sont d'inspiration divine certes, mais Hildegarde nous fait savoir que la musique est la forme la plus élevée de toute activité humaine, miroir des harmonies des sphères célestes et des chœurs angéliques
Ces chants de l’an mille entièrement voués à Dieu sont Accompagnés de la vièle médiévale, ces chants se distinguent par le dépouillement harmonique absolu propre au vocabulaire musical religieux de l’époque où toutes les voix sont toujours à l’unisson tel que préconisé par le chant grégorien utilsé depuis le 6ème siècle dans la liturgie.
Encore au 12ème siècle, la visibilité des femmes est à son apogée à la cour, dans les cloîtres dont les abbesses pouvaient posséder et administrer de vastes domaines terriens, avoir leurs propres soldats, frapper monnaie et exercer un grand pouvoir politique.
Mais, petit à petit, le pouvoir des abbesses passe sous l’autorité du père supérieur et les religieuses se réfugient dans la voie plus individuelle du mysticisme ou se tournent vers des mouvements considérés hérétiques, tels les Cathares ou les Béguines, qui veulent réformer l’Église. Elles se battent aussi aux côtés des paysans contre l’oppression féodale, montrant qu’elles n’ont jamais accepté passivement la perte de statut de leur communauté.
Hildegarde de Bingen a consacré sa vie à l’éducation et au développement intellectuel des religieuses, partageant avec elles sa soif de connaissance et d’harmonie. Il existe de nombreux témoignages de l’amitié se développant entre les femmes qui, de gré ou de force, se retrouvent au cloître. Dans les miniatures représentant Hildegarde, on peut voir derrière elle une jeune religieuse, Richardis, dont le rôle est d’assister l’abbesse dans les divers travaux du couvent et la rédaction de ses livres. Au fil des années, elles deviennent inséparables. Hildegarde refusera la séparation que lui impose l’archevêque de Brême, frère de Richardis. Elle ira jusqu’à se plaindre au pape. C’est par la mort de Richardis que le conflit prendra fin. Mais en 1177, un nouvel incident l'opposa cette fois-ci à l'archevêché de Mayence au sujet d'un noble excommunié mais qui avant de mourir aurait fait pénitence et se serait confessé en demandant le pardon de ses péchés. Les sœurs enterrèrent le repenti dans un coin secret de leur propriété, mais conformément aux règles frappant tous les excommuniés, le haut clergé s'éleva en exigeant que le corps soit déterré. Hildegarde refusa Quand les gardes suisses arrivèrent ils trouvèrent un champs de labour en lieu et place du cimetière. Il fut donc décrété que le couvent tout entier soit frappé d'excommunication et d'interdit religieux. Dès lors les deux couvents d’Hildegarde ne peuvent plus accueillir de pèlerins, il n’y a plus de sacrements, jusqu’aux chants liturgiques qui sont interdits. Ce  n’est que quelques mois avant sa mort que la sanction est levée. Elle remet son âme à Dieu le matin du 17 septembre 1179. On rapporte qu’après sa mort, une merveilleuse lumière apparut dans le ciel et l’on put apercevoir, au milieu de cette lumière ardente, une croix rouge étincelante.
Dès lors de nombreux miracles lui seront attribués. La population attachée à Hildegarde, lui a toujours été reconnaissante et fidèle. Aujourd’hui ses reliques reposent dans une magnifique châsse à Rüdesheim. Et on entend les sœurs chanter les louanges d’Hildegarde, cette Sainte si décalée dirions nous aujourd’hui. 
En ce dimanche d’Action de Grâces du 7 octobre 2012, l’Église allume la Lumière.  Accompagnée du  « Maître Spirituel » Jean d’Avila, Hildegarde nous rappelle que notre existence est une ode à la VIE, qu’il nous faut pénétrer dans le grand mystère de l’existence et y participer pleinement, totalement et se fondre dans la Joie de la Création. 
En cette entrée dans le troisième millénaire j’y vois l’avènement d’un monde de respect, de paix, d’écoute. 
Un monde de J.O.I.E


Pour écouter cliquer ci-dessous


Rendons Grâces.

Marie-Christine Chassot de Florencourt
L’Ile de Garde Sherbrooke, QC. 5 octobre 2012.


Sources

- Hildegarde de Bingen Régine Pernoud Editions du Rocher Paris 1995





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