7 Octobre 2012
En cette fin de
semaine d’Action de Grâces, l’Église catholique romaine pose un geste hautement
significatif sur notre monde en devenir.
En cette fin
d’année 2012, alors que certains continuent de s’accrocher au chaos, d’autres
ouvrent leurs yeux et leurs oreilles.
Voyez :
Rome proclame le 7 octobre 2012 deux nouveaux Docteurs de l’Église :
Hildegarde de Bingen et saint Jean D’Avila.
Une femme et un homme qui ne sont
pas vraiment des saints ! mais plutôt des électrons libres dans leur monde : Hildegarde
n’a jamais été canonisée bien qu’elle soit inscrite au Martyrologue de Rome et
Jean D’Avila a goûté aux geôles de
l’inquisition.
L’une du 12ème
siècle qui, à quelques années près, aurait pu être brûlée comme sorcière.
Le second
du 16ème siècle est gratifié du titre de «Maître Spirituel» qui prône
de bien se connaître pour connaître Dieu.
Ces deux
personnes ont en commun cette foi ardente qui leur permet d’éduquer,
d’enseigner, de témoigner, de protéger l’idée de Dieu. Cette foi qui leur
permet de dire et de dénoncer tout comportement qui s’éloigne de la Virtutis.
Mais au-delà de
ces deux personnages, il y a le geste posé par cette proclamation. J’y vois une
grande espérance et une preuve que nous avons poussé la porte d’un nouveau
monde.
Si nous regardons en arrière, nous nous apercevons que chaque début de
siècle ou de millénaire est marqué par des évènements ou des découvertes qui
vont donner l’impulsion de ce que sera l’avenir. Ici, une femme qui reçut les
Visions Divines «dans son âme» et
dont les transcriptions seront conservées pour nous émerveiller aujourd’hui.
Femme du 12ème siècle, reconnue au 21ème siècle par une
institution d’hommes ! Et un homme du 16ème siècle qui revient sans
cesse à l’enseignement de Jésus, à la prière silencieuse pour nous rappeler qui
nous sommes et nous rapprocher de Dieu. Ces deux nominations me font croire
qu’après un premier millénaire du Credo, un second millénaire du Crédit, nous
voici dans un millénaire de réconciliation et de réunification de l’Homme en
tant qu’Être. Nous voici sur le
chemin qui nous mène vers la Vérité. Celle qui rend libre et donne pleinement
son sens à nos vies.
Depuis que j'ai découvert Hildegarde de Bigen, ma vie est tournée vers cette femme exceptionnelle.
Exceptionnelle non seulement par la pertinence de ses écrits, mais surtout par cette foi qui l’animait ;
Foi d’une mystique et foi d’une Femme qui ravit jusqu’à Bernard de Clairvaux qui, en 1147 lors du synode de Trèves, proclame :
il faut « se garder d’éteindre une aussi admirable lumière animée de l’inspiration divine ».
Hildegarde est un exemple pour les femmes, par sa liberté de parole, sa conception du rôle de la femme dans l’Église mais aussi dans nos sociétés «d’hommes».
Elle ne cesse de remettre chacun, petits ou grands, roi, pape, évèques, …. devant ses responsabilités et ne mâche pas ses mots.
Ses actes sont en correspondance avec ce qu’elle préconise allant jusqu’à risquer l’excommunication.
Rester fidèle à la Parole de Dieu, fidèle à la Parole du Créateur, qui l’enseigne dans chacune de ses visions quoi qu’il arrive dans ce monde est ce qui l’anime et fait qu’elle est devenue mon modèle.
Aussi, grande fut ma joie d’apprendre, au mois de mai 2012, que le chef de l’Église catholique romaine, Benoit XVI, décidait de proclamer Hildegarde Docteure de l’Église le dimanche 7 octobre, jour d’Action de Grâces
Que veut dire Docteur de l’Église ?
«L'Église
attribue officiellement ce titre à des théologiens auxquels elle reconnaît une
autorité particulière de témoins de la doctrine, en raison de la sûreté de leur
pensée, de la sainteté de leur vie, de l'importance de leur œuvre»
Ce titre n’est
donné que très exceptionnellement puisque, en un peu plus de 2000 ans, il n’y a,
en ce 10 octobre 2012, que 35 Docteurs de l’Église dont 4 femmes. Quatre femmes
et non des moindres ! Thérèse D’Avila, Catherine de Sienne, Thérèse de Lisieux
et enfin Hildegarde de Bingen.
Qui était Hildegarde ?
Née en 1098 à
Bermersheim en Allemagne, Hildegarde est la dixième enfant de Hildeberg von
Bermersheim et de Mechtild.
Elle entre au couvent des Bénédictines de
Disibodenberg à l’âge de huit ans, parce que son père a promis de donner son
dixième enfant à l’Église. Elle y rentre donc pour son instruction puis pour y
prendre le voile dès l'âge de quatorze ans, le 1er novembre 1112. Elle se
retrouve sous la tutelle de la Mère supérieure : Yutta von Sponheim. Au
décès de celle-ci en 1136, Hildegarde devient Abbesse du couvent de
Disibodenberg. Elle a alors 38 ans.
Les dissensions
au Disibodenberg avec le Père Abbé sont un souci permanent pour Hildegarde. En
effet, le nombre de sœurs attirées par Hildegarde ne cesse d’augmenter et le couvent devient une source importante
de revenus. Les dots des religieuses d’origines nobles sont utilisées pour
embellir le monastère des hommes, ce qui suscite de nombreuses rancœurs chez
les religieuses. Vers 1147, Hildegarde, malgré les menaces, décide de fonder
son propre couvent indépendant du monastère des hommes. C’est à Rupertsberg
près de Bingen qu’elle s’installe avec d’autre religieuses. Après plus de 10
années d’âpres discussions avec l’Abbé du Disibodenberg, elle finit par récupérer
l’argent des dots des sœurs qui revenait au nouveau couvent. Ainsi le
Rupertsberg devient juridiquement indépendant du Disibodenberg en 1158. De ce moment, les religieuses peuvent choisir
les prêtres chargés de la messe ou de la confession. Le couvent devient
prospère et vers 1165, Hildegarde peut fonder un second couvent sur l’autre
rive du Rhin à Eibingen.
A 43 ans, elle reçoit de Dieu, l'ordre de mettre
par écrit ses visions. Elle ne le fit qu'avec beaucoup de réticence et c’est
parce qu’elle tombe gravement malade qu’elle finit par accepter d’obéir à
l’injonction divine. Ses premières visions sont consignées dans le Scivias qu'elle achève en 1151. Elle
l’écrit avec l’aide de Volmar, son secrétaire, et Richardis, une religieuse
proche d’elle. Hildegarde souligne qu’elle n’est pas dans l’extase mais qu’elle
perçoit ses visions dans son âme lors
d’un état éveillé. Elle fait illustrer ses textes de magnifiques enluminures.
Cet ouvrage fut admiré par saint Bernard de Clairvaux et par le pape Eugène
III. Scivias provient de l’expression latine « Scito VIAS Domini » signifiant : connaître les voies du Seigneur.
Le livre est assez volumineux, plus de 150 000 mots, illustré de 35
dessins ou miniatures. Le Scivias est
le premier de trois ouvrages décrivant ses visions, les autres sont Liber vitae meritorum écrit entre 1158
et 1163 et le De operatione Dei écrit
entre 1163 et 1174, également connu sous le nom de Liber divinorum operum.
Elle écrivit de nombreuses lettres, précieuses
pour comprendre et connaitre sa vie et son œuvre. Nous avons aussi un traité
sur la Règle de Saint Benoît, sur le symbole de Saint Athanase, la Vita sancti Ruperti et la Vita sancti Disibodi. Et Les Expositiones Quorundam evangeliorum qui
sont des commentaires sur les Évangiles.
En médecine, Hildegarde préconise la prise en
charge globale des maux et nous donne les indications des plantes que la
Création a mises à notre disposition. La guérison du corps ne peut se dissocier
des soins à porter à l’âme et à l’esprit. C’est pourquoi elle initiait ses
sœurs à la gravure, à l'écriture, à la reliure, aux chants et à la science,
domaines généralement réservés aux hommes. Les visions qu’elle reçoit en
médecine lui indiquent ce qu’est la circulation sanguine ou les
caractéristiques du système nerveux. Elle nous a laissé de véritables traités
concernant les principes actifs des plantes, des pierres. Régine Pernoud, la
nomme « conscience inspirée du XIIe siècle, » et constate que plus de trois
siècles avant la naissance de Léonard de Vinci « cette vision de l’homme, bras
étendus sur le globe de la terre, était présente dans l’œuvre de la petite
religieuse des bords du Rhin. [...] Reste que cette image qui met l’homme au
centre de l’univers était familière dès le XIIe siècle, et résume ce qu’Hildegarde
nous révèle touchant le cosmos. »*
Mais autant on a glorifié et encensé Vinci, autant
on a oublié et enterré l’œuvre d’Hildegarde. Préservés dans une bibliothèque,
c’est aujourd’hui que ces ouvrages de grande valeur nous sont restitués :
ses visions, l’expression musicale et poétique de ses soixante-dix sept chants
et hymnes, la richesse de sa correspondance, l’élaboration d’une langue et d’un
alphabet nouveaux, deux ouvrages médicaux, les seuls au XIIe siècle,
constituant une véritable encyclopédie des connaissances du temps en matière de
sciences naturelles et de médecine, viennent nous rejoindre 11 siècles plus
tard.
Elle fut la seule femme du Moyen Âge à transmettre
par écrit les pratiques de guérison en rappelant que pour soigner, il fallait
s'occuper de la personne en totalité. L'alimentation et la phytothérapie
prennent une place essentielle dans la pharmacopée d’Hildegarde en passant par
le jeûne qui a de profondes vertus curatives.
Le Liber
simplicis medicinae ou Liber
subtilitatum diversarum naturarum creaturarum, sera ensuite connu sous le
titre de Physica, dans lequel 513
animaux, plantes, éléments, métaux et pierres sont décrits avec la mention de
leurs propriétés médicinales.
Le Liber
compositae medicinae ou Causae et
curae, traite de la santé et des maladies. Hildegarde insiste sur l’hygiène, une bonne alimentation,
suffisamment de repos et d’exercice. Elle est une des premières à conseiller de
bouillir l'eau avant de la boire. Dans les environs du couvent, Hildegarde est
connue et appréciée en tant que guérisseuse.
Régine Pernoud revient à plusieurs reprises sur le
sens musical étonnant d’Hildegarde : « Dans la ligne du plain-chant ; musique
méditative qui garde un tranquille contrôle au sein même de l’extase et amène
celui qui la chante à un développement de vie intérieure beaucoup plus qu’à des
effets musicaux nouveaux, surprenants ou occasionnels. »*
Nous lui
devons plus de 77 cantiques et pièces. Entre 1151 et 1158, elle écrivit et compila
ses compositions musicales destinées à être chantées par les sœurs du couvent
lors de cérémonies ou autres occasions.
Les symphoniae
harmoniae celestium revelationum, sont d'inspiration divine certes, mais Hildegarde
nous fait savoir que la musique est la forme la plus élevée de toute activité
humaine, miroir des harmonies des sphères célestes et des chœurs angéliques
Ces chants de l’an mille entièrement voués à Dieu
sont Accompagnés de la vièle médiévale, ces chants se distinguent par le
dépouillement harmonique absolu propre au vocabulaire musical religieux de
l’époque où toutes les voix sont toujours à l’unisson tel que préconisé par le
chant grégorien utilsé depuis le 6ème siècle dans la liturgie.
Encore au 12ème siècle, la visibilité
des femmes est à son apogée à la cour, dans les cloîtres dont les abbesses
pouvaient posséder et administrer de vastes domaines terriens, avoir leurs
propres soldats, frapper monnaie et exercer un grand pouvoir politique.
Mais, petit à petit, le pouvoir des abbesses passe
sous l’autorité du père supérieur et les religieuses se réfugient dans la voie
plus individuelle du mysticisme ou se tournent vers des mouvements considérés
hérétiques, tels les Cathares ou les Béguines, qui veulent réformer l’Église.
Elles se battent aussi aux côtés des paysans contre l’oppression féodale,
montrant qu’elles n’ont jamais accepté passivement la perte de statut de leur
communauté.
Hildegarde de Bingen a consacré sa vie à
l’éducation et au développement intellectuel des religieuses, partageant avec
elles sa soif de connaissance et d’harmonie. Il existe de nombreux témoignages
de l’amitié se développant entre les femmes qui, de gré ou de force, se
retrouvent au cloître. Dans les miniatures représentant Hildegarde, on peut
voir derrière elle une jeune religieuse, Richardis, dont le rôle est d’assister
l’abbesse dans les divers travaux du couvent et la rédaction de ses livres. Au
fil des années, elles deviennent inséparables. Hildegarde refusera la
séparation que lui impose l’archevêque de Brême, frère de Richardis. Elle ira
jusqu’à se plaindre au pape. C’est par la mort de Richardis que le conflit
prendra fin. Mais en 1177, un nouvel incident l'opposa cette fois-ci à
l'archevêché de Mayence au sujet d'un noble excommunié mais qui avant de mourir
aurait fait pénitence et se serait confessé en demandant le pardon de ses
péchés. Les sœurs enterrèrent le repenti dans un coin secret de leur propriété,
mais conformément aux règles frappant tous les excommuniés, le haut clergé
s'éleva en exigeant que le corps soit déterré. Hildegarde refusa Quand les
gardes suisses arrivèrent ils trouvèrent un champs de labour en lieu et place
du cimetière. Il fut donc décrété que le couvent tout entier soit frappé
d'excommunication et d'interdit religieux. Dès lors les deux couvents
d’Hildegarde ne peuvent plus accueillir de pèlerins, il n’y a plus de
sacrements, jusqu’aux chants liturgiques qui sont interdits. Ce n’est que quelques mois avant sa mort que la
sanction est levée. Elle remet son âme à Dieu le matin du 17 septembre 1179. On
rapporte qu’après sa mort, une merveilleuse lumière apparut dans le ciel et
l’on put apercevoir, au milieu de cette lumière ardente, une croix rouge
étincelante.
Dès lors de nombreux miracles lui seront
attribués. La population attachée à Hildegarde, lui a toujours été
reconnaissante et fidèle. Aujourd’hui ses reliques reposent dans une magnifique
châsse à Rüdesheim. Et on entend les sœurs chanter les louanges d’Hildegarde,
cette Sainte si décalée dirions nous aujourd’hui.
En ce dimanche
d’Action de Grâces du 7 octobre 2012, l’Église allume la Lumière. Accompagnée du « Maître Spirituel » Jean d’Avila, Hildegarde nous
rappelle que notre existence est une ode à la VIE, qu’il nous faut pénétrer
dans le grand mystère de l’existence et y participer pleinement, totalement et
se fondre dans la Joie de la Création.
En cette entrée dans le troisième
millénaire j’y vois l’avènement d’un monde de respect, de paix, d’écoute.
Un
monde de J.O.I.E
Pour écouter cliquer ci-dessous
Rendons Grâces.
Marie-Christine
Chassot de Florencourt
L’Ile
de Garde Sherbrooke, QC. 5 octobre 2012.
Sources
-
Hildegarde de Bingen Régine Pernoud Editions du Rocher Paris 1995



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